Payer (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

se conjugue comme Balayer . X e siècle, au sens de « se réconcilier » ; XII e siècle, au sens de « donner ce qui est dû ». Issu du latin pacare , « faire la paix, pacifier », puis « apaiser un créancier avec de l'argent », lui-même tiré de pax , « paix ».

I. Acquitter, verser une somme dont on est redevable.
1. Suivi de l'indication d'un montant déterminé. Payer mille francs d'amende, mille euros d'imposition. Payer le prix convenu. Expr. Payer la forte somme , faire une acquisition au plus haut prix ou à un prix excessif.
2. Suivi d'un complément précisant la nature de l'obligation, de la dette. Payer un billet, une lettre de change, une traite, un chèque. Payer des impôts, une patente. Payer une cotisation. Payer les intérêts, les arrérages et le principal. Payer un loyer, une pension. Payer son écot. Payer des gages, des appointements. Payer les services d'un chauffeur. Congé payé , voir . Expr. fig. Payer son tribut à la nature , mourir. Payer un tribut à la faiblesse humaine , commettre quelques-unes des fautes auxquelles l'espèce humaine est sujette. Expr. proverbiales. Les battus paient l'amende , voir . Qui paie ses dettes s'enrichit , on a intérêt, pour le bon ordre de ses affaires et pour sa réputation, à s'acquitter de ce qu'on doit.
3. Suivi d'un complément désignant l'objet de la transaction. Payer des marchandises. Il n'a pas encore payé la propriété qu'il vient d'acheter. Il finit de sa nouvelle voiture. Payer des consommations. Passez à la caisse vos achats. C'est bien payé , à sa juste valeur ou, plus souvent, au-delà de sa valeur. On dit dans le sens contraire C'est mal payé, ce n'est pas payé, ce n'est pas cher payé . Pron. à valeur passive. Les marchandises se paient à la commande. Cela ne peut se , se dit de ce qui est exceptionnel et de très grande valeur. Expr. fig. Payer les violons du bal ou, simplement, les violons , supporter les désagréments d'une affaire dont un autre tire tout le profit. Payer les pots cassés , réparer les dommages que l'on a soi-même causés ou qu'un autre a causés. Prov. Qui casse les verres les paie , le responsable d'un dommage en doit la réparation. Par ext. Fam. Offrir quelque chose. Payer à dîner, un repas à un ami. Payer une tournée à quelqu'un , boire avec lui et pour lui. Pron. Se un voyage. Loc. Se du bon temps. Se le luxe de , voir . Se la tête de quelqu'un , se moquer de lui. Par antiphrase et pop. Se les corvées, se tout le travail , être astreint à effectuer tout seul les corvées, le travail.
4. Suivi d'un complément désignant la personne à qui l'on est redevable, à qui l'on verse l'argent. Payer ses créanciers. Payer un marchand, un fournisseur. Payer ses employés. J'ai eu beaucoup de peine à me faire . Payer quelqu'un de ses services, de ses peines. Cet ouvrier est bien payé, mal payé . Loc. fig. Je suis payé pour cela , j'en ai fait l'expérience à mes dépens. On dit dans le même sens Je suis payé pour le savoir . Pron. Voilà l'argent, payez-vous, prenez ce qui vous est dû. Expr. fig. et fam. Se sur la bête , directement, sans intermédiaire, en nature.
5. Suivi d'un complément indiquant la manière dont on règle une dette, une somme. Payer en marchandises, en nature. Payer en argent, en numéraire, en espèces ou, fam., en liquide. Payer par chèque, par carte bancaire. Payer comptant, à crédit. Payer à l'heure, au mois . Expr. fig. Payer quelqu'un d'ingratitude , manquer de reconnaissance pour un bienfait reçu. Fam. Payer en même monnaie, Payer en monnaie de singe , voir . Payer rubis sur l'ongle , exactement et sans délai . Payer de sa poche, de ses deniers , avec son argent personnel. Intranst. Payer d'effronterie , se tirer d'un mauvais pas en soutenant avec hardiesse quelque mensonge. Payer d'audace , forcer la décision par son aplomb. Payer de sa personne , agir par soi-même dans les occasions qui le demandent, sans craindre de s'exposer. Payer de mine , voir . Pron. Se de mots , se de belles paroles , user de termes flatteurs ou pompeux, nourrir de faux espoirs. Se d'illusions .
6. Absolt. Donner l'argent attendu, exigible. Il a fallu . Ils n'ont pas pu , ont refusé de . N'avoir pas de quoi . Commandement de . Faire les pollueurs , exiger d'eux le remboursement des dégâts causés. Expr. fig. Payer pour quelqu'un, pour les autres , endosser la responsabilité de ce qu'a fait autrui. Prov. Qui répond paie , on est obligé de pour celui dont on s'est rendu caution. Par ext. Rapporter de l'argent. C'est un métier qui paie bien, qui ne paie pas. En ce temps-là, l'élevage payait. Fig. La fermeté, la patience finissent par , par être efficaces, par être suivies de l'effet attendu. Fam. Ça paie . Expr. proverbiale. Le crime ne paie pas , ne procure qu'un avantage éphémère.

II. Fig.
1. Récompenser une personne, lui montrer de la reconnaissance pour ce qu'elle a fait. On a bien payé, mal payé ses services, ses soins. On l'a mal payé de sa franchise. Ce moment de bonheur l'a payé de ses peines, de ses efforts . Loc. Payer quelqu'un de retour , lui rendre les sentiments qu'il a pour vous, ou accomplir pour lui autant que ce qu'il a accompli pour vous. Par antiphrase. Punir. On l'a payé de ses insolences, de ses railleries. Le voilà payé de ses crimes, de ses forfaits .
2. Obtenir, acquérir par un sacrifice. Ils ont chèrement payé leur indépendance . Par ext. Expier. Il a payé de sa tête un si grand crime. Vous paierez cette injure. Il le paiera ou, par insistance et fam., Il me le paiera , se dit pour exprimer qu'on trouvera moyen de se venger d'un affront, d'une offense. Il me le paiera cher , je me vengerai durement de lui. Pron. à valeur passive. Tout finit par se .


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

("Je paie, tu paies, il paie," ou "je paye, tu payes, il paye; nous payons, vous payez, ils paient" ou "ils payent. Je payais; nous payions, vous payiez, ils payaient. Je payai. J'ai payé. Je paierai" ou "je ai. Paie" ou "paye, payons, payez. Que je paie" ou "que je paye; que nous payions, que vous payiez, qu'ils paient" ou "qu'ils payent. Que je payasse. Payant.") Acquitter une dette. "Payer une somme d'argent. Payer le prix d'une chose. Payer ce qu'on doit à son créancier. Il me doit encore tout, il ne m'a pas payé un sou." Absolument, "Il a fallu . Il n'a pas pu . Il a été obligé de ."
"Payer la forte somme," Payer un prix excessif, faire une acquisition au plus haut prix.
Prov., "Qui paie ses dettes s'enrichit," On a intérêt, pour le bon ordre de ses affaires et pour sa réputation, à s'acquitter de ce qu'on doit.
PAYER se dit aussi en parlant de Celui à qui on doit. "Payer ses créanciers. Payer un marchand. Payer ses domestiques. Il paie ses ouvriers à la semaine, au mois. Ce valet de ferme est payé à l'année. Il m'a payé avec des marchandises, en marchandises, en nature. Je l'ai payé en or, en argent, en espèces. J'ai eu beaucoup de peine à me faire ."
"Se faire bien ", Vendre cher ses services, son travail. "Cet ouvrier travaille bien, mais il se fait bien ".
"Se faire ," Vendre ses services, tirer un profit de fonctions qui doivent être gratuites.
Fig., "Je suis payé pour cela", J'ai fait à mes dépens l'expérience de ce que cela a de dangereux, de nuisible, de désagréable. "Je ne retournerai plus dans cette maison, je suis payé pour cela".
PAYER se dit encore en parlant de la Chose pour laquelle on doit. "Payer des marchandises. Tout ce qu'il achète, il le paie argent comptant, il le paie comptant. Payer les gages, les appointements. Payer les intérêts, les arrérages et le principal. Payer l'amende. Payer la folle enchère. Payer pension. Payer le loyer d'une maison. Payer le dîner. Payer sa part. Payer sa quote-part."
"Payer un billet, une lettre de change, une traite, un chèque, etc"., Payer la somme portée dans un billet, etc.
Fig., "Payer le tribut à la nature", Mourir. "Payer le tribut à la faiblesse humaine," Avoir quelqu'une des imperfections, commettre quelqu'une des fautes auxquelles l'espèce humaine est sujette.
Fig. et fam., "Payer les violons", Faire les frais d'une affaire dont un autre tire tout le profit.
Fig. et fam., "Il paiera les pots cassés", On fera retomber sur lui le dommage, la perte; on s'en vengera sur lui.
Prov., "Les battus paient l'amende," Souvent ceux qui auraient droit à une réparation, sont réprimandés, condamnés, maltraités de nouveau.
Fig. et par menace, "Il le paiera", se dit Pour exprimer qu'on trouvera moyen de se venger du déplaisir, de l'injure qu'on a reçue de quelqu'un. "Il m'a fait un mauvais tour, il m'a rendu un mauvais office, mais il me le paiera". Dans le même sens, on dit familièrement : "Il me le paiera au double."
Fig., "Payer pour les autres", Être seul puni d'une faute commune à plusieurs.
"Se par ses mains," S'indemniser sur ce qu'on a en sa possession et qui appartient au débiteur.
"Cela est bien payé" se dit d'une Chose, d'une marchandise dont on donne tout ce qu'elle vaut ou même davantage. On dit dans le sens contraire "Cela n'est pas payé," Cela vaut plus que vous ne m'en donnez.
Cela ne peut se se dit de Ce qui est excellent dans son genre, très agréable ou très curieux. "Ce conte-là est excellent, il ne peut se . C'est un plaisir qui ne peut se ."
"Payer ric à rac," ou "ric à ric", Payer tout juste ce qu'on doit.
Fig. et fam., "Payer en monnaie de singe," Se moquer de celui à qui on doit et ne pas le .
Fig. et fam., "Payer en même monnaie" ou "de la même monnaie," Rendre la pareille.
Prov., "Qui répond paie," On est obligé de pour celui dont on s'est rendu caution. Il se dit au propre et au figuré.
PAYER se dit aussi des Personnes ou des Choses qui sont sujettes à quelque impôt, qui doivent quelque droit. "Ce marchand paie cent francs de patente. Ce propriétaire paie mille francs d'impositions. Ce département paie tant de contributions. Cette marchandise paie tant à la douane. L'hectolitre de vin paie tant d'entrée".
PAYER signifie familièrement Offrir". Payer à dîner, à boire. Se un agréable voyage."
Pop., "Payer chopine, bouteille à quelqu'un", Mener quelqu'un boire et pour lui. On dit dans le même sens "Payer une tournée".
PAYER s'emploie aussi figurément et signifie Récompenser, reconnaître. "On a bien payé, mal payé ses services, ses soins. Rien ne peut une telle marque de dévouement. Je suis assez payé par le plaisir de vous avoir obligé. L'amitié ne se paie que par l'amitié."
Il signifie également Dédommager. "Ce moment de bonheur l'a payé de toutes ses peines."
Il signifie aussi quelquefois Punir. "On l'a payé de son insolence. Il a été payé de tous ses crimes."
Il signifie encore Expier. "Il a payé de sa tête un si grand crime. Vous paierez cette injure."
Il signifie aussi Obtenir, acquérir quelque chose par un sacrifice. "Il a payé son imprudence de sa liberté, de sa vie, de son sang".
PAYER, au figuré, se construit avec la préposition "De" dans un certain nombre de phrases toutes faites :
"Payer de belles paroles", Ne donner satisfaction qu'en paroles.
"Payer d'ingratitude," Manquer de reconnaissance pour un bienfait reçu.
"Payer quelqu'un de retour," Reconnaître ses procédés ou ses sentiments par des procédés ou des sentiments analogues.
"Payer d'effronterie," Soutenir effrontément un mensonge, se tirer d'un mauvais pas par effronterie.
"Payer d'audace", Faire si bonne contenance, montrer tant de décision, que par là on arrête, on intimide l'adversaire.
"Payer de sa personne", S'exposer dans une occasion dangereuse et y bien faire son devoir. Il signifie aussi Agir par soi-même dans les occasions qui le demandent. "Un chef ne doit jamais hésiter à de sa personne".
"Se de mots", Croire trop facilement, ou affirmer soi-même des choses qui ne répondent pas à la réalité.
"Il ne paie pas de mine," se dit de Quelqu'un dont l'apparence est chétive ou disgracieuse. Il se dit aussi des Choses qui valent mieux que leur apparence. "Ces fruits ne paient pas de mine, mais ils ont un goût très délicat."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Acquitter une dette.
MOL.: « Non, en conscience ; vous en paierez cela [ce prix] »
SÉV.: « Le maréchal de Bellefond.... s'est accommodé avec ses créanciers : il leur a cédé le fonds de son bien, et donné plus de la moitié du revenu de sa charge pour achever de ses arrérages »
SÉV.: « Il [Guitaut] me paraît fort occupé de son salut.... il est possédé de l'envie de ses dettes.... c'est le premier pas que l'on fait dans ce chemin, quand on sait sa religion »
    Faire un versement imposé.
VOLT.: « Les députés [de Copenhague] se mirent à genoux devant lui : il fit à la ville quatre cent mille risdales, avec ordre de faire voiturer au camp toutes sortes de provisions, qu'il promit de faire fidèlement »

 2   Il se dit en parlant de ceux à qui on doit.
GUI PATIN: « Il [un médecin] s'est vanté qu'il ne voulait point faire de visite qu'on ne lui avançât une demi-pistole, et voulait être payé avant le coup, comme les bourreaux »
LA FONT.: « Je vous ai, lui dit-elle, Avant l'oût, foi d'animal, Intérêt et principal »
LA BRUY.: « Monsieur paye le rôtisseur et le cuisinier, et c'est toujours chez madame qu'on a soupé »
VOLTAIRE: « Les Suisses, qui depuis Charles VIII faisaient usage de leur liberté pour se vendre à qui les payait »
    Fig.
LA FARE: « Aujourd'hui nul en vain ne paraît enflammé ; On n'attend point la récompense D'une triste persévérance ; On est payé comptant et souvent par avance »
    Se faire bien , vendre cher ses services, son travail.
    Se faire , tirer profit de services qui devraient être gratuits.

 3   Il se dit en parlant de la chose pour laquelle on doit. Payer des marchandises.
MOL.: « Et l'on m'a mis en main une bague à la mode, Qu'après vous ez, si cela l'accommode »
MOL.: « Et il paiera pour tous les autres ce que les autres loueront pour lui »
LA BRUY.: « L'héritier prodigue paye de superbes funérailles, et dévore le reste »
    Payer une obligation, un billet, etc. la somme qui y est portée.
    Payer pinte, chopine, bouteille à quelqu'un, mener quelqu'un boire au cabaret, et pour lui.
    Fig. et familièrement. Payer les violons, voy. VIOLON.
    Fig. Payer les pots cassés, voy. POT.
    Fig. et par menace. Il me le a, c'est-à-dire je trouverai le moyen de me venger de lui.
MOL.: « Je te pardonne ; (bas, à part) mais tu le paieras »
VOLT.: « J'ai pardonné à l'archidiacre ; j'ai oublié Fréron ; mais Omer me le a »
BÉRANG.: « J'ai de la rancune de prince ; Mon bon roi, vous me le paierez »
    Il le a plus cher qu'au marché, il me le a au double, c'est-à-dire je lui ferai plus de mal qu'il ne m'en a fait.
    L'usage veut qu'on dise : il me le a, et non il me la a.
MOL.: « Cependant on trouve la dans Molière : Fût-ce mon propre frère, il me la ait »
    Cela est à , se dit de ce qui est excellent en son genre. Cet homme est à pour son originalité.
    Fig. Payer le tribut à la nature, mourir.
LA FONTAINE: « Tous deux [les médecins] s'étant trouvés différents pour la cure, Leur malade paya le tribut à nature »
    On dit aussi le droit de la nature.
CORN.: « Avant de le droit de la nature »
REGNARD: « Votre mère a payé les droits à la nature »
    Fig. Payer le tribut à la faiblesse humaine, avoir quelqu'une des imperfections, faire quelqu'une des fautes auxquelles les hommes sont sujets.

 4   Absolument. Il refuse de .
LA FONTAINE: « Grande dispute à qui la première a »
MONTESQ.: « Que quelques citoyens ne payent pas assez, le mal n'est pas grand, leur aisance revient toujours au public ; que quelques particuliers paient trop, leur ruine se tourne contre le public »
VOLT.: « On lui apporta [à Charles XII] des vivres, parce qu'il fallait obéir ; mais on ne s'attendait guère que des vainqueurs daignassent .... »
J. J. ROUSSEAU: « Quiconque paye [il s'agit de l'amour que l'on paye], fût-il le plus aimable des hommes, par cela seul qu'il paye, ne peut être longtemps aimé »
RAYNAL: « Ni l'Europe ni l'Asie ne payent entièrement avec des métaux ; nous donnons en échange des draps, du fer, du plomb, du cuivre, du corail.... »
    Payer bien, mal, être généreux, être chiche en payant.
LA FONT.: « C'était un roi qui payait mal ; Il n'est pas le seul en l'histoire »
    Payer ric-à-ric, voy. RIC-À-RIC.
    Il ne veut ni compter ni , se dit d'un homme dur à la desserre.
    Payer en chats et en rats, par parcelles et en mauvaises denrées.
    Fig. Payer en monnaie de singe, voy. SINGE.
    Fig. Payer en même monnaie, voy. MONNAIE, n° 6.
    Payer pour, être puni en place de.
BALZ.: « Cette victime publique qui doit pour tout le monde »
SCARR.: « Un seul pour plusieurs a »
LA BRUY.: « S'il est périlleux de tremper dans une affaire suspecte, il l'est encore davantage de s'y trouver complice d'un grand : il s'en tire, et vous laisse doublement, pour lui et pour vous »
DANCOURT: « On est au guet pour attraper les contrevenants, et les premiers pris ont pour les autres »
    En un autre sens. Payer pour, être puni à cause de.
RAC.: « C'est à nous à pour les crimes des nôtres »
    Terme de marine. Une pièce de bois paie pour une autre, lorsqu'elle a un excédant qui remplace le trop peu d'une autre pièce assemblée avec la première.

 5   Être sujet, soumis à quelque impôt. Ce marchand paye cent francs de patente. L'hectolitre de vin paye tant d'entrée. Les contributions que paye un département.

 6   Corrompre à prix d'argent. On paya ce domestique pour qu'il livrât les papiers de son maître. Payer des assassins.

 7   Fig. Récompenser, reconnaître.
RETZ: « Je ne serai pas ingrat, répondis-je, je paierai votre secret d'un autre qui n'est pas si important, mais qui n'est pas peu considérable »
BOILEAU: « L'un est payé d'un mot, et l'autre d'un coup d'oeil »
RAC.: « Lorsqu'un heureux hymen, joignant nos destinées, Peut en un jour les voeux de cinq années »
RAC.: « On a payé le zèle, on punira le crime »
RAC.: « Cette veuve inhumaine N'a payé jusqu'ici son amour que de haine »
FÉN.: « La terre le payait de ses peines avec usure, et ne le laissait manquer de rien »
M. J. CHÉN.: « Envieux par nature, et brigands par métier, Ils vendent l'infamie à qui la veut »
    Absolument.
ROTR.: « être prompt à et tardif à punir »
    Payer quelqu'un de retour, répondre à ses procédés, à ses sentiments.
    Par antiphrase.
RAC.: « Puisse le juste ciel dignement te ! »
    Payer d'ingratitude, manquer de reconnaissance.
BOSSUET: « Jérusalem, qui n'as payé mes bienfaits que d'ingratitude »
M. J. CHÉN.: « Oui, dût-il me par son ingratitude »

 8   Dédommager.
CORN.: « La gloire de leur mort m'a payé de leur perte »
RAC.: « Quoiqu'ils [les dieux] fissent pour moi, leur funeste bonté Ne me saurait de ce qu'ils m'ont ôté »
    Fournir l'équivalent.
SÉV.: « Nous avons ri aux larmes de cette fille qui.... nous vous mandons souvent des folies ; mais nous ne pouvons celle-là »

 9   Obtenir, acquérir quelque chose par un sacrifice.
RAC.: « Mon père paya cher ce dangereux honneur »
RAC.: « Fais-lui bien cher un bonheur qu'il ignore »
J. J. ROUSS.: « Je payai bien l'aisance pécuniaire où me mit cette pièce par les chagrins infinis qu'elle m'attira »

 10   Expier.
CORN.: « Néarque a payé son forfait »
RAC.: « Et ce sont ces plaisirs et ces pleurs que j'envie, Que tout autre que lui me paierait de sa vie »
VOLT.: « Et ma vie Ne peut le sang dont ma main s'est rougie »
VOLT.: « Ah ! qu'il va me sa fourbe abominable ! »
VOLT.: « J'avoue que j'ai vu, dans nos histoires, des exemples qu'on a payé de son bien une erreur, qu'on a cédé sa maîtresse, qu'on a préféré une mère à l'objet de son amour »
DUCLOS: « Albéroni affichait l'autorité la plus absolue, et déclarait aux secrétaires d'État que, s'ils s'écartaient de ses ordres, ils le aient de leur tête »
    Absolument.
CORN.: « Et tout autre que vous, malgré cette conquête, Revenant sans mon ordre, eût payé de sa tête »

 11   Punir. On l'a payé de son insolence.
    Il a été bien payé de l'injure qu'il a dite, il en a reçu une punition exemplaire.
    Absolument. Il a été payé, il a reçu son fait, il a été traité comme il le méritait.

 12   Satisfaire à ce qu'on doit, à ce qu'on fait attendre.
RÉGNIER: « À peine ai-je.... dans le port payé l'offrande de mes voeux »
RAC.: « Il est temps de montrer cette ardeur et ce zèle Qu'au fond de votre coeur mes soins ont cultivés, Et de à Dieu ce que vous lui devez »
MONTESQ.: « Paul Véronèse promet beaucoup et paye ce qu'il promet ; Raphaël et le Corrége promettent peu et payent beaucoup »
    Payer de raison ou de raisons, donner de bonnes raisons.
SÉV.: « Vous me payez de raison, et vous le prenez sur un ton qui mérite qu'on vous pardonne »
SÉV.: « Il vous paye de raison ; vous voyez qu'il a fait ce qu'il a pu »
    En un sens contraire. Payer de mauvaises raisons.
    Payer de, donner satisfaction avec (en un sens ironique).
MOL.: « Tantôt vous ez de quelque maladie Qui viendra tout à coup, et voudra des délais ; Tantôt vous ez de présages mauvais »
MOL.: « Vous nous payez ici d'excuses colorées »
MOL.: « J'ai tort, je le confesse ; et mon âme confuse Ne cherche à vous d'aucune vaine excuse »
    Payer de paroles, de belles paroles, ne donner satisfaction qu'en paroles.
CORN.: « Tous les ingrats en foule iront à votre école, Puisqu'on y devient quitte en payant de parole »
    On dit dans le même sens : de mots.
J. J. ROUSS.: « Vous commencez par nous là de mots qui ne nous donnent pas le change : les discours vagues ne font jamais preuve »
    Payer de sa personne, s'exposer dans une occasion dangereuse.
MAIR.: « Le roi tout le premier, payant de sa personne, Nous conduit à leur camp que l'on nous abandonne »
SÉV.: « C'était un vrai homme à de sa personne, voyant que son régiment faisait mal »
ROLLIN: « Il payait de sa personne dans les combats, où il gardait toujours son sang-froid »
    Payer de sa personne, s'employer activement à quelque chose.
MOL.: « Pour moi, j'y paierai de ma personne comme il faut »
    Payer de sa personne, agir par soi-même dans les occasions qui le demandent.
    Payer de sa personne, se rendre agréable par ses manières, par son esprit.
BOURSAULT: « Mon frère six bécassines, moi le vin et le fruit ; et toi tu as de ta personne »
COLLIN D'HARLEVILLE: « Quand on fait, comme vous, métier d'être railleur, Il faudrait savoir mieux de sa personne »

 13   Payer de, faire preuve de.
MAIRET: « Il est plus à propos D'apprivoiser la mort en payant de constance, Que de l'effaroucher en faisant résistance »
MOL.: « Certes, vous faites rage, et payez aujourd'hui D'un jugement très rare et d'un bonheur extrême »
MOL.: « Enfin, ma fille, il faut d'obéissance »
TH. CORN.: « N'importe, efforçons-nous et payons d'impudence »
RAC.: « Il faut d'effronterie »
FÉNELON: « Vous êtes obligé de ne d'autorité que quand la persuasion manque »
    Payer de mine, avoir un extérieur qui prévient favorablement.
HAMILTON: « Il payait de mine, s'il ne fournissait pas beaucoup à la conversation »
    On dit de même : de maintien.
LA BRUY.: « Un femme prude paye de maintien et de paroles ; une femme sage paye de conduite »
    Il paye de bonne mine, il ne paye que de mine, se dit d'un homme de peu de mérite, mais d'une belle apparence.
    Il ne paye pas de mine, se dit d'un homme d'apparence chétive, disgracieuse.

 14   Se , v. réfl. Retenir le montant de sa créance sur ce qu'on a entre les mains. Voilà une pièce de vingt francs ; payez-vous de ce que je vous dois.
GENLIS: « Puisque tous les frais sont à couvert, et qu'ainsi je pourrai me par mes mains »
    Fig.
SCARR.: « Les hommes, qui, pour la plupart, ne font de bonnes actions qu'afin qu'on les sache, et s'en payent par leurs mains en les publiant eux-mêmes »
    Fig. Trouver en soi sa propre récompense.
LA BRUYÈRE: « Un honnête homme se paye par ses mains de l'application qu'il a à son devoir par le plaisir qu'il sent à le faire, et se désintéresse sur les éloges, l'estime et la reconnaissance, qui lui manquent quelquefois »
DIDEROT: « Tout homme qui ne se paie pas par ses mains, en recueillant dans son cabinet, par l'ivresse, par l'enthousiasme du métier, la meilleure partie de sa récompense, ferait fort bien de demeurer en repos »

 15   Être payé. Cette dette s'est payée difficilement.
VOIT.: « [Nos descendants] l'estimeront-ils moins [le cardinal de Richelieu], à cause que, de son temps, les rentes sur l'hôtel de ville se seront payées un peu plus tard ? »
    Fig. L'amitié ne se paye que par l'amitié.
    Cela ne se peut , se dit de ce qui est excellent en son genre, de ce qui est impayable. Ce conte est très plaisant, il ne se peut .
SÉV.: « Voici ce qui ne se peut , c'est d'entendre Vivonne »

 16   Se contenter, demeurer satisfait.
MOL.: « Quoi ! vous voulez que je me paie d'un semblable discours ? »
PASC.: « Le monde se paye de paroles »
BOSSUET: « Eh quoi ! le Dieu des chrétiens est-ce un Dieu qui se paye de vaines grimaces, ou qui se laisse corrompre par les présents ? »
LA BRUY.: « Il n'y a personne de ceux qui se payent de mines et de façons de parler, qui ne sorte d'avec lui fort satisfait »
LE SAGE: « Pacheco parut se de cette défaite, et lia conversation avec les dames »
J. J. ROUSS.: « La malheureuse facilité que nous avons à nous de mots que nous n'entendons point commence plus tôt qu'on ne pense »
    Se de raisons, se rendre aux raisons qu'un autre allègue.

PROVERBES
    Qui répond paye, c'est-à-dire on est obligé de pour celui dont on s'est rendu caution.
    Il faut ou agréer, quand on doit, il faut donner de l'argent ou du moins de bonnes paroles.
    Quand on doit, il faut ou ou fixer un terme.
    C'est la coutume de Lorris où le battu paye l'amende, voy. AMENDE et BATTU.
    Qui paye ses dettes s'enrichit.

HISTORIQUE
    XIIème siècle
     Couci, XXIV: Mais je m'en tieng bien paiez à l'atendre [attendre votre amour m'est récompense suffisante]
     Sax. V: Guiteclins les paia [les jongleurs] d'or fin et de besanz
     ib. XVI: Les enemis faisiens [nous faisions] acorder et paier [mettre en paix]
     ib. XXXII: Il fera as felons paier la repentie [fera repentir]
    XIIIème siècle
BRUN. LATINI: « Li hom larges [libéral] se paie [se contente] en soi par po [peu] de chose, por qu'il puisse aidier à mains autres »
     Psautier, f° 74: Par ton commandement est la mers troblée, et par ton comandement sera païe
VILLEH.: « Il ne poroient mie tenir la convenance, ne l'argent païer qu'il devoient aus Veniciens »
     Berte, XXXVIII: Tel coup [il] lui va paier, qu'ambedui s'entre abatent
     ib. LXXII: De ces noveles ci [je] me tiens à mal païe [satisfaite]
     la Rose, 7488: Prometés fort sans delaier, Comment qu'il aille du paier
BEAUMANOIR: « Et il me disoit : J'ai vendu vos vins et vos blés à paier à tel terme »
JOINV.: « Quant le mestre oÿ ce, il s'agenoilla devant l'evesque, et se tint bien pour poiez »
    XVème siècle
FROISS.: « Et le comte de Foix leur fit dire [aux chevaliers partant pour la guerre de Portugal], que ils vinssent tous ensemble au chastel à Ortais ; car il vouloit d'un disner leur bien aller »
FROISS.: « Et au departir nous bouterons le feu en ce chastel : ainsi paierons-nous notre hoste »
     Bulletin du comité de la langue, t. III, p. 578: En les poiant de tele et pareille soulde qu'il a acostumé poier les sienes
COMM.: « Les terres de Picardie, desquelles le roy avoit payé quatre cens mil escus d'or »
COMM.: « Et avec ceste fable paya l'empereur nostre homme sans faire autre responce [la fable de la peau de l'ours] »
     Mém. s. du G. ch. 9: Il leur inspira la resolution de bien de leurs personnes
    XVIème siècle
DESPER.: « Hostesse, tenez, payez-vous, prenez là ce qu'il vous faut »
LOYSEL: « Qui paie mal, paie deux fois »
LOYSEL: « Qui paie bien, deux fois emprunte »
AMYOT: « L'argent n'est plus à ceulx qui le payent, ains à ceulx qui le reçoivent »
AMYOT: « Ilz estimerent qu'il avoit suffisamment payé la peine de celle sienne arrogance »
D'AUB.: « La responce fut, qu'il falloit de la queue pour desgager le corps et la teste »
D'AUB.: « Cette cavallerie, resolue à paier pour son infanterie, se mit en deux gros scadrons »
LEROUX DE LINCY: « Il est plus facile acheter que »
LEROUX DE LINCY: « Mieux vaut et peu avoir, que prou avoir et plus devoir »
LEROUX DE LINCY: « Qui doibt à Luc et paye à François, paye une autre fois »
LEROUX DE LINCY: « Qui veut , bien se laisse lier »

ÉTYMOLOGIE
    Picard, poyer ; bourguig. poyai ; wallon, pay ; provenç. pagar, paguar, paiar ; espagn. pagar ; ital. pagare ; du lat. pacare, apaiser, de pax, paix, parce que le payement apaise, satisfait. Paier, dans les textes de l'historique, est plus d'une fois employé au sens propre d'apaiser.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE PAYER. Ajoutez :

 17   Absolument, donner un produit rémunérateur.
L. SIMONIN: « On croyait alors [1851] que les mines du quartz [aurifère] ne payaient pas »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


("Je paye, tu payes, il paye," ou "il paie; nous payons, vous payez, ils payent," ou "ils paient. Je payais; nous payions, vous payiez, ils payaient. Je payai. J'ai payé. Je ai," ou "je paierai" ou "paîrai. Je ais," ou "je paierais" ou "paîrais. Paye, payez. Que je paye; que nous payions, que vous payiez, qu'ils payent. Que je payasse. Payant.") Acquitter une dette. "Payer une somme d'argent. Payer le prix d'une chose. Payer mille écus. Payer ce qu'on doit à son créancier. Je lui ai payé une forte somme. Il me doit encore tout, il ne m'a pas payé un sou."
Il se dit aussi en parlant De celui à qui on doit. "Payer ses créanciers. Payer un marchand. Payer ses domestiques. Payer des ouvriers. Il paye ses ouvriers à la semaine, au mois, à l'année. Il m'a payé avec des marchandises, en marchandises. Je l'ai payé en or, en argent, en espèces, en papier. Payer les troupes. Les bons ouvriers ne se peuvent trop . Il a été bien payé de sa peine. Enfin je me suis fait ."
"Se faire bien ," Vendre cher ses services, son travail. "Cet ouvrier travaille bien, mais il se fait bien ."
"Se faire ," Vendre ses services, tirer un profit de fonctions qui doivent être gratuites. "Il n'a pas eu cette place pour rien, son protecteur a eu la bassesse de se faire ."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit encore en parlant De la chose pour laquelle on doit. "Payer des marchandises. Payer une étoffe. Tout ce qu'il prend, il le paye argent comptant, il le paye comptant, il le paye à la minute. Payer les gages, les appointements. Payer les intérêts. les arrérages et le principal. Payer l'amende Payer la folle enchère. Payer une pension Payer les loyers d'une maison. Payer le dîner. Payer l'écot. Payer sa fête. Payer sa bienvenue. Payer sa part. Payer sa quote part. Payer le prix convenu."
Pop., "Payer pinte, chopine, bouteille à quelqu'un," Mener quelqu'un boire au cabaret, et pour lui.
"Payer une obligation, une promesse, un billet, une lettre de change, etc.," Payer la somme portée dans une obligation, etc.
Fig., "Payer le tribut à la nature," Mourir. "Payer le tribut à la faiblesse humaine," Avoir quelqu'une des imperfections, commettre quelqu'une des fautes auxquelles l'espèce humaine est sujette.
Fig. et fam., "Payer les violons," Faire les frais d'une affaire dont un autre tire tout le profit.
Prov. et fig., "Il en a les pots cassés," On fera retomber sur lui le dommage, la perte; on s'en vengera sur lui.
Prov., "Les battus payent l'amende," Souvent ceux qui auraient droit à une réparation, sont réprimandés, condamnés, maltraités de nouveau.
Fig. et par menace, "Il le a," se dit Pour exprimer qu'on trouvera moyen de se venger du déplaisir, de l'injure qu'on a reçue de quelqu'un. "Il m'a fait un mauvais tour, il m'a rendu un mauvais office, mais il me le a." Dans le même sens, on dit familièrement, "Il le a plus cher qu'au marché, il me le a au double."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi absolument. "Il se défendait, il refusait de . Il a fallu . Il a été condamné à . C'est un homme qui n'aime pas à . J'ai été obligé de pour lui."
"Se par ses mains," S'indemniser sur ce qu'on a en sa possession, et qui appartient au débiteur.
"Cela est à , cela ne se peut ," se dit De ce qui est excellent dans son genre, très-agréable, ou très-curieux. "Ce conte-là est excellent, il ne se peut . C'est un plaisir qui ne se peut . Cet homme est à pour son originalité."
Fig., "Payer pour les autres," Être seul puni d'une faute commune à plusieurs. "Il a payé pour tous les autres."
Prov., "Payer ric à ric," Payer avec lésinerie, s'acquitter, mais en payant le moins qu'on peut. "Il n'est pas généreux, il paye ric à ric;" et, "Faire ric à ric," Faire tout ce qui est dû, sans grâce, ni remise. "C'est un homme qu'il faut faire ric à ric."
Prov. et fig., "Payer en monnaie de singe, en gambades," Se moquer de celui à qui on doit, et ne le point .
Prov. et fig., "Payer en même monnaie," Rendre la pareille.
Prov., "Qui répond paye," On est obligé de pour celui dont on s'est rendu caution. Il se dit au propre et au figuré.
Prov., "Il faut ou agréer," Quand on doit, il faut donner de l'argent ou du moins de bonnes paroles.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit quelquefois Des personnes ou des choses qui sont sujettes à quelque impôt, qui doivent quelque droit. "Ce marchand paye cent francs de patente. Ce propriétaire paye mille francs d'impositions. Ce département paye tant de contributions. Cette marchandise paye tant à la douane. L'hectolitre de vin paye tant d'entrée."



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi figurément, et signifie, Récompenser, reconnaître. "On a bien payé, mal payé ses services, ses soins. Rien ne peut une telle marque de dévouement. Il n'a pas seulement payé cette belle action d'un coup d'oeil, d'une parole flatteuse. Je suis assez payé par le plaisir de vous avoir obligé. L'amitié ne se paye que par l'amitié. Un tel service ne saurait se que par une reconnaissance éternelle."
Il signifie quelquefois, Dédommager. "Ce moment de bonheur l'a payé de toutes ses peines."
Il signifie aussi, Obtenir, acquérir quelque chose par un sacrifice. "Il a payé de sa liberté, de sa vie, de son sang, un court instant de plaisir. La gloire, la fortune lui a fait , lui a bien fait , lui a fait bien cher ses faveurs."
Il signifie aussi quelquefois, Punir. "On l'a payé de son insolence. Il a été payé de tous ses crimes."
Fam., "Il a été bien payé de l'injure qu'il a dite, de l'insulte qu'il a faite," Il en a été bien puni, on s'en est bien vengé sur lui; et absolument, "Il a été payé," Il a reçu son fait, il a reçu ce qu'il méritait.



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Expier. "Il a payé de sa tête un si grand forfait. Il a payé sa scélératesse. Vous ez cette injure."



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



au figuré, se construit avec la préposition "De" dans un certain nombre de phrases faites.
"Payer de belles paroles," Ne donner satisfaction qu'en paroles. On dit dans le même sens, "Payer de mots."
"Payer d'ingratitude," Manquer de reconnaissance pour un bienfait reçu.
"Payer quelqu'un de retour," Reconnaître ses procédés ou ses sentiments par des procédés ou des sentiments pareils.
"Payer de raisons," Donner de bonnes raisons sur les choses dont il s'agit. On dit en sens contraire, "Payer de mauvaises raisons."
"Se de raisons," Se rendre aux raisons qu'un autre allègue.
"Payer d'effronterie," Soutenir effrontément un mensonge, se tirer d'un mauvais pas par effronterie.
"Payer d'audace," Faire si bonne contenance, que par la on arrête, on intimide ses ennemis.
"Payer de sa personne," S'exposer dans une occasion dangereuse, et y bien faire son devoir. "C'est un homme brave, et qui a payé de sa personne en cent occasions." Il signifie aussi, Agir par soi-même dans les occasions qui le demandent. "Cette compagnie a un chef qui sait au besoin de sa personne."
"Il paye de bonne mine, il ne paye que de mine," se dit D'un homme de peu de mérite, mais d'une belle représentation.
"Il ne paye pas de mine," se dit D'un homme dont l'apparence est chétive ou disgracieuse.




Emplacement dans le dictionnaire :

pavoiser
pavot cornu
payable
payant
payé
paye
payelle
payement
payen

pays
paysage
paysager
paysan
pda
peabody
péage
peage
peager
péager
péan




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...les droits de la première. D'autre part, si mon débiteur aliène la chose sur laquelle j'ai un droit d'hypothèque, celui-ci n'est en rien atteint, mais le tiers-acquéreur est tenu ou de me payer, ou de perdre ce qu'il a acquis. Or, pour qu'il en soit ainsi, il faut que le lien de droit unisse directement, et sans l'intermédiaire d'aucune autre personne, cette chose déterminée à ma...


Citation n°2 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...plus grande nécessite l'immobilisation d'une plus grande quantité de capital sous forme de machines ; mais ce capital, à son tour, pour pouvoir s'entretenir, réparer ses pertes, c'est-à-dire payer le prix de son loyer, réclame une production industrielle plus grande. Quand le mouvement qui anime toutes les parties d'une machine est très rapide, il est ininterrompu parce qu'il passe sans...


Citation n°3 de Henri POINCARÉ (La Valeur de la science)

...ne veut pas admettre que le but de la civilisation soit de fournir de l'alcool aux gens qui aiment à boire. Toute action doit avoir un but. Nous devons souffrir, nous devons travailler, nous devons payer notre place au spectacle, mais c'est pour voir ; ou tout au moins pour que d'autres voient un jour. Tout ce qui n'est pas pensée est le pur néant ; puisque nous ne pouvons penser que la pensée et...


Citation n°4 de Émile MOSELLY (Terres lorraines)

...la terre et les eaux ne nourrissaient plus les hommes. Ils avaient bien quelque bout de champ, une maigre vigne. Encore ce bien, grevé d'hypothèques, les écrasait-il sous le poids d'une dette à payer, sans cesse grossie par l'accumulation des intérêts, un fardeau qui sans cesse retombait sur eux, comme une pierre qu'on roule sur une pente. Que de fois, ayant travaillé pendant des semaines, quand...


Citation n°5 de Émile MOSELLY (Terres lorraines)

...un vrai turc. - alors un dimanche, on entre chez un marchand de tabac, une bande d'au moins une douzaine. Moi j'achète un cigare, et je reste là, mon porte-monnaie ouvert dans la main, comme pour payer. Tous les autres s'amènent, à la file, et prennent du tabac, des cigares, des cigarettes. Mon turc rigolait, en débitant sa marchandise, vu qu'y s'promettait un gros bénéfice. Quand tous les autres...


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